J'ai connu également un autre grand moment: l'achat de mon premier lot de fournitures d'horlogerie. Le lot était
chez un brocanteur; J'étais surexcité: des milliers de pièces, verres et
mouvements de montres . Les pièces étaient soigneusement rangées dans de jolies
boites en bois ; Tellement excité que j'en ai oublié mes clefs de voiture dans
le coffre (fermé à clé)! Suite à cet achat, nous
avons passé quelques jours à trier et à mesurer (au
1/10) les centaines de verres qui étaient en vrac. J'ignorais que ces
milliers de pièces d'horlogerie n'avaient que peu de valeur. Puis de nouvelles
acquisitions se sont succédés au rythme des connaissances acquises. ( les acquisitions très hétérogènes permettent de comprendre qu'il n'y
a pas deux horlogers qui travaillent dans les mêmes conditions). Les
livres , dont de vieilles revues"France horlogère" permettaient d'accroître
autant le coté histoire, que les connaissances techniques).
Les premières restaurations ont été très difficiles. Histoire
assez paradoxale, je commençais à restaurer le plus complexe, la montre
(l'échappement à cylindre est
de nos jours peu pratiqué, et pratiquement inconnu d'un bachelier horlogerie,
tout comme la montre à roue de rencontre ). D'avoir
débuté par le moins évident, ma probablement donné beaucoup d'aisance par la
suite, dans la pendulerie par exemple, mais aussi pour la progression sur
montres compliquées. J'ai eu quelques grosses difficultés sur des montres où il
y avait des manques (ou des montres bricolées): je
pensais , comme un débutant, qu'avec quelques montres, je pouvais au moins en
sauver une (impossible ou très
très rare de trouver 2 montres 19 ème identiques, avec les plantages identiques
)!
Ayant découvert la montre "collection" de 24
lignes (la ligne, unité de mesure antérieure au système
métrique, encore en usage en horlogerie de nos jours), succédant
logiquement à la 18 lignes, j'ai bien entendu voulu avoir la gamme la plus complète
( cadran à loco, bateau, bleu, verte, violet,
àquantièmes...)
C'est probablement avec ces grosses montres que j'ai commencé à refaire mes
premiers axes de balanciers. Quelques difficultés apparaissaient sur le
partagement qui n'était pas top, ou bien la pose d'un nouveau spiral, exercice
complexe. Les pierres ( rubis
synthétiques) me posaient problèmes, car je n'avais pas
d'assortiment, et je ne voyais pas forcément le défaut que l'une d'entre elle
pouvait générer. Le redressement du spiral me demandait beaucoup de temps. Le
stock de montres à réparer augmentait, ce qui m'a permis de comprendre qu'il ne
suffisait pas d'avoir quelques tiroirs de pièces détachées pour les réparer,
mais aussi beaucoup de temps(L'horloger ne maitrise
pas le temps).
L'aide des manuels ne
suffisait pas. Le savoir faire n'était pas au top! Les difficultés
apparaissaient quand le cylindre était cassé, ou lorsque je constatais un pivot
de cassé!
Il m'a fallu plus de cinq années pour mettre en application ce
que je lisais dans ces livres traitant de la restauration d'horlogerie,
car non seulement il me manquait le savoir faire, des heures de pratique, mais il manquait toujours
certains outillages, ou fournitures (cylindres, rubis, aiguilles, spiraux... que je ne pouvais pas
fabriquer!).
J'ai compris que pour faire du bon travail, en plus
du savoir faire, il fallait des milliers de fournitures, ou les fabriquer pour
la plupart, certaines essentielles, et malgré cela, il était nécessaire d'avoir
un outillage autre que le petit tour, pour pouvoir modifier, ou usiner,
certaines pièces.
L'un de mes achats qui m'a également donné quelques
palpitations était ma première montre à répétition en or, époque Charles
X.( achat années 90, salle de vente)
J'ai
rencontré des dizaines d'horlogers, des "bons"( bon
dans l'activité qui était mienne, l'horlogerie d'un autre temps), mais aussi
quelques moins bons
(ou moins passionnés ou moins en
rapport avec l'horlogerie ancienne) ...j'ai gardé en
mémoire un horloger qui aimait beaucoup son métier, il avait fait Cluses en
1935, m'a
donné quelques astuces qui m'ont permis de progresser(Je pense à
M Logeais, fort caractère, mais très passionné de son
métier, également à M Chauvin m'ayant pour la première fois inculquer l'art
du tournage entre- pointes avec un Lorch volant à main; décédés tous les deux ; merci
aussi à Claude pour son
incroyable savoir horloger qu'il a acquis avec grande patience sur Marseille ou
bien Bordeaux, et aussi son coté pittoresque! grand merci à tant
d'autres pour m'avoir ouvert leurs portes, et parfois avec modestie, m'avoir
donné le bon chemin..). Je pense aussi, par
exemple à Mr Auzanneau, horloger bijoutier, qui m'a inculqué l'art de l'affûtage du burin et surtout
sa fréquence, lors d'un passage dans les Deux Sèvres . La formation de base acquise durant ma formation professionnelle a
été essentielle aux travaux des métaux; je pense par exemple aux travaux
d'ajustement, à partir d'un petit bloc d'acier doux , on devait arriver
aux cotes 1/100, ou bien aux travaux de tournage, où l'on apprenait l'affûtage
de l'outil ...
D'autres horlogers étant plus "classiques" ( travaux de pendulerie sommaires (
trempette du mouvement), pose
de pile ou de bracelets), ne m'ont pas apportés ce que
j'étais en mesure d'attendre, faute de moyens d'interventions!
J'ai
également rencontré des personnes à éviter pour un
débutant, certains professionnels un peu trop "rapide" ( il suffit de rentrer dans
leurs coins d'atelier sans dessus-dessous pour y constater l'incompétence) ou
certains amateurs plutôt charmeurs...
Durant ces vingt premières années
de passion, j'ai parcouru la France à la recherche d'outils, fournitures et
montres. Tous les sujets de restauration m'ont interpellés. J'ai ainsi constitué
un stock important de pièces, probablement unique en ce qui concerne la montre
de poche. L'achat le plus curieux que j'ai pu faire (aux
enchères année 1990): un stock de fournitures de montres de poche
(des centaines) qui ont été démontées, montres à roue
de rencontre, à sonneries... assez curieux, car ce lot ne comportait aucune
platine, aucun cadran, et bien entendu aucune boite de ces montres. J'ai cru
comprendre qu'il s'agissait d'un atelier d'horlogerie qui était spécialisé dans
cette formule durant la 1ère ou 2 ème guerre mondiale(coté
Bordeaux)!
Ce qui me passionne probablement le plus dans
l'horlogerie, ce sont ces nombreuses fournitures 19 ème, classées parfois dans
de somptueuses boites acajou qui dorment en attente, et qui se transmettent de
passionnés en passionnés.
Je ne suis pas sûr qu'un autre métier puisse
offrir cette diversité de pièces détachées, indispensable aux restaurations
anciennes.
Dans les différentes étapes que comporte cette passion, il y
en a une qui est également assez excitante: la première montre à roue de
rencontre (appelée à tort "montre coq"). Certains
horlogers n'en ayant jamais vu! Assez curieux que cela puisse paraître, j'ai eu
cette belle montre à chaîne par échange contre de l'outillage, une perceuse je
crois bien. Cette montre ne fonctionnait pas, car la verge était absente. Son
coq ajouré et gravé était sublime; bien entendu son remontage à clé par l'avant
(relié à la fusée), me disait: "il faudrait que tu
marches".
Quelques années après, je l'ai remise en vie. D'autres copines
sont venues la rejoindre, certaines avec cadrans émail polychrome, ou bien à
systèmes particuliers, détentes, duplex, réveil, répétition, musique,
automates..., toutes achetées pour les restaurer.
Parmis ces montres,
certaines ont demandé des dizaines d'heures de travail afin de les faire
revivre, que ce soit des pivots cassés ( j'ai longtemps abdiqué face au pivot
coté de roue rencontre), ou parfois de gros manques, par négligences de leurs
anciens propriétaires, car trop souvent démontées et laissées à l'abandon durant
des années au fond d'un tiroir aux cotés d'autres épaves , mêlant ainsi les
pièces de l'une avec celles de l'autre...
Merci à mon épouse d'avoir permis
toutes ces aventures. Qu'elle m'excuse de l'avoir emmenée 15 jours en vacances
dans le Haut-Doubs, avec pour mots clés "montres, outillage" , et d'avoir été
obligé d'acheter sur place une remorque pour emmener beaucoup de ferraille.
3)
L'entreprise:
Après toutes ces expériences acquises
durant plus de 20 années ( à ne faire qu'apprendre !) et toutes ces acquisitions
matérielles, je suis en mesure d'accomplir toutes restaurations, qu'il en
déplaise aux vieux horlogers aigris et surtout jaloux ...
En 1998, à la
recherche d'une demeure plus spacieuse, car l'idée d'avoir un atelier
idéal(comme celui de Georges Daniels-
Oméga), un vrai, bien
rempli, idéalement conçu pour toutes restaurations et fabrications, me trotte dans la tête.( de plus , j'avais en vue,
l'achat de 2 gros stocks de fournitures, impossibles à loger dans l'ancienne
maison).
A quelques dizaines de mètres , un terrain en friche est
proposé à la vente , la construction démarre en 1999.
C'est ainsi que je
décide, après une longue réflexion, de passer de l'amateurisme au
professionnalisme, à l'aube de la quarantaine.
Certaines abréviations , font
peur au jeune chef d'entreprise:URSAFF,ASSEDIC,
CSG, RDS, IMPOTS!
Et bien entendu, la concurrence déloyale est
très présente dans ce secteur d'activité ( tout comme le commerce d'art ,
d'antiquités, ...le laxisme de nos bons organismes administratifs dans ce
domaine est plutôt navrant, il suffit de parcourir les brocantes du coin pour y
rencontrer pléthore de brocanteurs non déclarés, ou bien les pages d'Internet où
le site ebay incite l'utilisateur à être marchand sans avoir de RCS,
avec un programme nommé "power seller"!).
La concurrence
professionnelle est plutôt minime, car l' activité de restauration d'horlogerie
ancienne est essentiellement concentrée au gros bricolage, en grande
majorité( la montre demande un gros stock de fournitures rares,
type verges, aiguilles 18ème, roues de rencontres, chaînes, verres... et peu de professionnels consentent à passer 4
heures sur une montre à cylindre, par exemple).
Certaines régions de France sont démunis d'artisans horlogers, le net permet
d'être plus proche d'eux ! Quant à ceux qui prétendent
faire de la restauration avec pour seule panoplie d'outillage, un jeu de
tournevis et de brucelles, ou au mieux un établi sur lequel repose un amas
d'épaves, de petits bazars , il est bien entendu fortement déconseillé d'éviter de déposer
chez eux une montre mécanique !!
Si vous aussi, l'horlogerie vous
passionne, venez me voir, que vous soyez amateur ou professionnel!
Nous
aurons probablement beaucoup de choses à nous dire!
Alors, à bientôt...
4) L'après
installation:
Très content d'être victime de mon succès,
et d'être à l'atelier 10/12 heures par jour, pour y restaurer parfois des objets
rares ( horloge à musique et automates, cartels, montres
sonneries minutes, quantièmes...), et content de ne pas
subir les dites "35 " heures de travail ou de présence, que trop de travailleurs
subissent. Aimer son métier est probablement un avantage.
Un peu moins ravi
d'avoir à payer autant de charges, dont l'essentiel semble partir ne fumée; Messieurs nos bons hommes politiques, pouvez faire quelque chose à
cela ? Gaver l'état est plutôt frustrant.
Content de faire de nombreuses
connaissances, et d'avoir une moyenne de 100 visites par jour sur ces pages web
!
Mon installation a bien entendu provoqué de maladroites jalousies dans le
petit clan des professionnels; ainsi certains prétendant être les derniers à
pouvoir restaurer dans les règles de l'art, sont gênés de ma présence . Un
client, par exemple, m'a apporté une montre à verge qui était désignée comme
irréparable par un horloger, parce que cette dernière n'avait plus ses aiguilles
et sa chaîne 18 eme ! Ou bien la rituelle phrase du bijoutier: "c'est
irréparable" L'affaire est plus grave quand l'objet est conservé et massacré ,
cas très fréquent, constaté par les rachats de montres ou objets démontés par
ceux ci!.
J'ai, par exemple, un autre client qui est venu avec une montre à
sonnerie, sans cadrature !
Il est évident que la restauration doit être
faite dans les règles de l'art, ainsi chaque pièce changée ou refaite ne doit
laisser aucune trace de restauration; combien de montre 18 ème ou 19 ème sont
transformées par ignorance ou manque de pièces originales ? des milliers
probablement !!
En raison de ce constat, il me semble évident que le client
devrait pouvoir confier ses gardes temps en fonction du résultat possible.
Hélas, trop souvent le client se dirige au plus près, au plus économique, ou
parfois au plus élevé dans la hiérarchie pompeuse, l'horloger de ceci ou de
cela, horloger diplômé, horloger 1er prix de ceci ou cela, horloger Depuis 1700,
horloger père en fils, horloger pendulier, horloger-maître, ou bien horloger complet . La restauration d'horlogerie est vaste, et riche en variétés; elle ne peut être
accomplie correctement que si tous les moyens, humains, et matériels sont mis en
oeuvre pour arriver au résultat. En avoir la prétention par l'exposition d'un
titre , est évidemment dénué de bon sens.
Sur ces quelques pages web,
uniques en leurs genres, j'espère avoir réussi à vous montrer mon sérieux dans
le domaine!
La retraite à 60 ans ? Pour ma part j'espère ne pas la prendre
avant 90 ans, et pouvoir ainsi continuer à exercer ma passion, si dieu le veut
bien !
écrit en 2003
En
attendant une éventuelle rencontre, vos remarques sur le site seront la bien
venue, tant sur le fond que la forme.
Merci beaucoup à tous ceux qui ce
donneront cette peine, ou ce plaisir!